Histoire
Charles VI dit « le Fou »
Roi de France · fils de Charles V le Sage et de Jeanne de Bourbon · 1380 → 1422 apr. J.-C.
- Peuple / Dynastie
- Francs · Valois
- Titre
- Roi de France
- Période
- 1380 → 1422
- Faits marquants
- Roi mineur sous régence · Accès de folie à partir de 1392 · Guerre civile entre Armagnacs et Bourguignons · Désastre d’Azincourt (1415) · Traité de Troyes (1420) livrant la couronne aux Anglais
Origine et jeunesse
Charles naît le 3 décembre 1368 à Paris, fils aîné de Charles V le Sage et de Jeanne de Bourbon. De santé fragile comme son père, il est décrit comme beau, raffiné et cultivé. À la mort de Charles V en 1380, il devient roi à l’âge de 12 ans, sous la tutelle de ses oncles, notamment le duc de Bourgogne Philippe le Hardi.
Jeunesse et début du règne
La régence des oncles (Bourgogne, Berry, Bourbon, Anjou) se caractérise par une politique de luxe et de dépenses excessives. En 1382, Charles est déclaré majeur et sacré à Reims. La même année, il remporte la bataille de Roosebeke contre les Flamands insurgés, marquant ses premiers succès. Mais son gouvernement se heurte rapidement à la misère du peuple et aux critiques de l’aristocratie.
Le début de la folie
En 1392, alors qu’il marche contre le duc de Bretagne, Charles est pris d’un premier accès de démence : il attaque soudain ses propres compagnons d’armes, tuant plusieurs d’entre eux. Cet épisode marque le début d’une longue série de crises psychotiques qui le rendent incapable de régner par intermittence. On le surnommera bientôt « Charles le Fou ».
Les manifestations de la folie
Les accès de Charles VI sont décrits par les chroniqueurs :
- Il erre sans reconnaître ses proches, oublie son nom et sa dignité royale.
- Il se croit fait de verre, craignant de se briser à tout contact (« folie du verre »).
- Il hurle, court dans les couloirs, ou reste prostré de longs mois.
- Ses moments de lucidité alternent avec des crises imprévisibles, plongeant le gouvernement dans l’instabilité.
Conséquences politiques
L’incapacité de Charles VI ouvre une lutte acharnée pour la régence :
- La reine Isabeau de Bavière, qu’il a épousée en 1385, prend une influence croissante, souvent critiquée.
- Deux factions s’affrontent : les Armagnacs, soutenant l’autorité royale, et les Bourguignons, menés par Jean sans Peur.
- La guerre civile entre ces partis ensanglante la France de 1407 à 1435.
Guerre de Cent Ans et défaites
Profitant des divisions françaises, les Anglais reprennent l’offensive :
- 1415 : désastre de la bataille d’Azincourt, où la chevalerie française est décimée par les archers anglais.
- 1419 : assassinat de Jean sans Peur à Montereau, aggravant la guerre civile.
- 1420 : signature du traité de Troyes : Charles VI, sous l’influence des Bourguignons et d’Isabeau de Bavière, reconnaît Henri V d’Angleterre comme héritier du trône de France, au détriment de son propre fils, le dauphin Charles.
Mort
Charles VI meurt le 21 octobre 1422 à Paris, après 42 ans de règne marqué par la folie et la guerre civile. Il est inhumé à Saint-Denis. Le même été, Henri V d’Angleterre étant mort, son fils Henri VI est proclamé roi de France et d’Angleterre. Mais le dauphin Charles VII conteste, ouvrant une nouvelle phase de la guerre de Cent Ans.
Anecdotes
- Charles VI croyait parfois être fait de verre : il portait des tiges de fer dans ses vêtements pour éviter de « se briser ».
- Il ordonnait parfois que personne ne le touche, sauf en portant des gants.
- Ses contemporains voyaient dans sa folie un châtiment divin pour les péchés du royaume.
- Isabeau de Bavière fut accusée (souvent à tort) d’infidélité et de trahison, ce qui ternit durablement son image.
Postérité
Charles VI reste dans l’histoire comme l’un des rois les plus tragiques de France. Son règne de 42 ans, long et chaotique, fut marqué par la folie, la guerre civile, la débâcle militaire et la perte de la couronne au profit des Anglais. Son incapacité politique fragilisa durablement la monarchie, mais son fils Charles VII, soutenu par Jeanne d’Arc, parviendra à restaurer l’autorité royale. Charles VI incarne le contraste absolu avec son père Charles V le Sage : de la prospérité et du renouveau à la désintégration du royaume.