Partie 9 · Histoire de France

Monarchies et Républiques : La quête d'un régime stable (1814-1870)

De 1814 à 1870, la France traverse un siècle d’instabilité politique marqué par l’alternance entre monarchies constitutionnelles, empires et républiques. Ce long apprentissage de la démocratie façonne les institutions, les libertés publiques et la géographie administrative moderne. La nation cherche son équilibre, entre l'héritage de la Révolution et les aspirations conservatrices.

Partie 9 sur 10La France contemporaine et ses transformations
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1. La Restauration (1814–1830)

Après la chute définitive de Napoléon Ier en 1815, les puissances européennes rétablissent les Bourbons sur le trône. Louis XVIII puis Charles X règnent dans un régime monarchique tempéré par la Charte constitutionnelle de 1814, qui reconnaît certaines libertés civiles tout en maintenant un pouvoir royal fort. Le territoire conserve son découpage en départements, symbole d’un État rationnel et centralisé hérité de la Révolution, mais de nombreux symboles de l'Ancien Régime sont restaurés.

La Restauration tente de concilier ancien régime et modernité : retour de l’Église dans la sphère publique, noblesse réintégrée, mais administration efficace et armée fidèle à l’État. Les tensions entre les ultraroyalistes, partisans d'un retour à l'absolutisme, et les libéraux, qui prônent plus de libertés et une monarchie parlementaire, conduisent à la révolution des Trois Glorieuses en juillet 1830, qui met fin au règne de Charles X, jugé trop autoritaire.

Anecdote : Le drapeau tricolore interdit. Sous la Restauration, le drapeau blanc des Bourbons remplace le drapeau tricolore, symbole de la Révolution et de l'Empire. Le tricolore ne sera définitivement réadopté qu'en 1830 par Louis-Philippe, marquant un compromis entre l'héritage révolutionnaire et la monarchie.

2. La Monarchie de Juillet (1830–1848)

À la suite des Trois Glorieuses, Louis-Philippe Ier, de la branche d'Orléans, est proclamé “roi des Français” et non "roi de France", incarnant une monarchie bourgeoise et constitutionnelle, plus libérale. Son régime favorise la liberté économique, la modernisation industrielle et une presse plus libre. Paris se transforme sous l'impulsion de grands travaux, les premières lignes de chemin de fer apparaissent, et la France entre pleinement dans la révolution industrielle avec l'essor du charbon et de la vapeur.

Cependant, le suffrage censitaire, bien qu'élargi par rapport à la Restauration, limite toujours le pouvoir politique à une minorité de propriétaires et de riches bourgeois. Les ouvriers, les artisans et les classes populaires restent exclus du vote, alimentant un fort mécontentement social et politique. Les révoltes, comme celle des Canuts de Lyon en 1831 et 1834, ou les campagnes de banquets en 1847-1848, témoignent de la montée des revendications sociales et républicaines, qui culmineront avec la révolution de 1848.

Mise en lumière : Le "Pays légal" et le "Pays réel"
Sous la Monarchie de Juillet, l'expression "pays légal" désignait la petite élite de citoyens qui avaient le droit de vote grâce au suffrage censitaire, tandis que le "pays réel" englobait l'immense majorité des Français, exclus de la vie politique mais de plus en plus conscients de leurs droits et de leurs aspirations, un écart qui sera l'une des causes de la chute du régime.

3. La Seconde République (1848–1852)

La révolution de février 1848, alimentée par une crise économique et le refus d'élargir le suffrage, proclame la Seconde République. C'est un moment de grandes espérances : elle accorde le suffrage universel masculin à plus de 9 millions de Français, une avancée démocratique majeure. L’esclavage est aboli définitivement dans les colonies françaises (décret de Victor Schœlcher, avril 1848), la liberté de la presse et de réunion sont réaffirmées, et les Ateliers Nationaux sont créés pour donner du travail aux chômeurs. La République s’affirme comme régime de justice et de progrès social, mais les tensions entre républicains modérés et socialistes sur la question sociale débouchent sur les sanglantes Journées de Juin 1848, violemment réprimées, qui marquent un tournant conservateur.

L’élection de Louis-Napoléon Bonaparte à la présidence de la République en décembre 1848, avec une large majorité, marque un tournant conservateur. En 1851, face à l'impossibilité de se faire réélire, il renverse la République par un coup d’État le 2 décembre, date symbolique de la bataille d'Austerlitz et du sacre de Napoléon Ier. Un an plus tard, il rétablit l'Empire et devient Napoléon III, empereur des Français.

4. Le Second Empire (1852–1870) : Modernisation et autoritarisme

Le Second Empire de Napoléon III achève la modernisation économique et sociale du pays. C'est une période de grande prospérité : le libre-échange est favorisé, les banques d'affaires se développent, et les grands travaux transforment les villes françaises, notamment Paris sous la houlette du Baron Haussmann. Le réseau ferroviaire est considérablement étendu, facilitant le commerce et les déplacements. La France connaît une expansion industrielle et une politique étrangère active, participant à la guerre de Crimée et intervenant au Mexique.

Cependant, le régime est d'abord autoritaire, limitant les libertés publiques et contrôlant la presse. À partir des années 1860, il se libéralise progressivement, accordant plus de droits aux ouvriers (droit de grève en 1864) et aux parlementaires. La France s’urbanise et s’ouvre sur le monde. Les ports se développent (Le Havre, Marseille, Bordeaux), tandis que la colonisation s'intensifie, notamment en Algérie et en Indochine. L’unité territoriale, l’administration préfectorale et le système scolaire se renforcent, préparant l’ère républicaine durable.

Le saviez-vous ? Les passages couverts de Paris.
Avant les grands boulevards haussmanniens du Second Empire, Paris était célèbre pour ses nombreux passages couverts. Ces galeries élégantes abritaient boutiques, cafés et théâtres, offrant un abri aux promeneurs et un monde à part. Beaucoup ont disparu, mais certains, comme le Passage des Panoramas ou le Passage Vivienne, subsistent et témoignent de cette époque.

5. Vers la Troisième République : Le choc de 1870

Malgré sa modernisation, le Second Empire est fragilisé par des revers diplomatiques et une opposition grandissante. La défaite militaire face à la Prusse lors de la guerre de 1870 (notamment la défaite de Sedan où Napoléon III est fait prisonnier) entraîne la chute brutale du régime impérial. La Troisième République est proclamée le 4 septembre 1870 à Paris, dans un contexte de guerre et d'invasion.

À partir de 1870, et après une période difficile (la Commune de Paris, la perte de l'Alsace-Lorraine), la France s’installe progressivement dans une stabilité institutionnelle nouvelle et durable. La Troisième République, sous l'impulsion de grandes figures comme Jules Ferry, mettra en place les grandes lois fondatrices : école gratuite, laïque et obligatoire, libertés publiques (presse, association, syndicat). Cette période marque la véritable entrée de la France dans la modernité politique et l'enracinement de l'idéal républicain.

Repères chronologiques majeurs

  • 1814 : Restauration de la monarchie – Charte constitutionnelle.
  • Juillet 1830 : Révolution des Trois Glorieuses et début de la Monarchie de Juillet.
  • Février 1848 : Révolution, proclamation de la Seconde République, instauration du suffrage universel masculin et abolition de l’esclavage.
  • Juin 1848 : Journées de Juin, répression des insurrections ouvrières.
  • Décembre 1851 : Coup d’État de Louis-Napoléon Bonaparte.
  • Décembre 1852 : Proclamation du Second Empire (Napoléon III).
  • Septembre 1870 : Défaite de Sedan, chute du Second Empire et proclamation de la Troisième République.
Bilan : Un chemin semé d'embûches vers la République
Le XIXe siècle français est une période de recherches et d'expérimentations politiques intenses. Entre monarchies restaurées, empires autoritaires et républiques éphémères, la France a progressivement appris la démocratie, forgé ses libertés fondamentales et consolidé son unité territoriale, jetant les bases de la République moderne.